Dans le sud du Yunnan, là où le climat est semi-tropical, on retrouve le village de Bangzhang niché dans les montagnes de Bu Lang. Plusieurs pu'ers de collection y sont produits, notamment les Lao Ban Zhang et Lao Man Erh. La majorité de la production de ces montagnes consiste en des pu'ers sheng, mais quelques producteurs nous offrent aussi des pu'ers pré-fermentés.

La majorité des jardins sont sauvages ou semi-sauvages, et l'on retrouve plusieurs jardins à des altitudes de 1500 mètres et plus. La végétation y est très riche, et les théiers prospèrent parsemés parmi les différentes espèces d'arbres et de plantes.

Le Run Bangzhang est un pu'er fermenté en 2015 et compressé en 2018. Cette maturation de la feuille avant compression lui a permis d'adoucir quelque peu ses tannins. Les pu'ers des montagnes de Bu Lang Shan sont réputés pour être bien corsés. Étant donné que la compression a été faite il n'y a que 3 ans, les saveurs de wu dui (fermentation) y sont aussi présentes. Les feuilles doivent repasser à la vapeur afin d'être compressées, et on y retrouve, grâce à cette étape, le volet de saveurs de champignon sauvage.

Quel magnifique mélange de grades (maturité) de feuilles! Beaucoup de bourgeons aussi, qui ajoutent des tannins bien riches à sa complexité.

Les feuilles ont été soigneusement manipulées, plusieurs bien intactes dans leur forme. Le beeng (galette) est très facile à ouvrir grâce à sa compression légère. On examine les feuilles intérieures, et on peut constater les mêmes proportions de feuilles matures et plus jeunes.

L'infusion au gaiwan premettra de suivre la progression des feuilles, pour ces premières sessions avec ce nouveau pu'er. J'utilise environ 6-7 grammes dans un gaiwan de 200ml.

La première infusion révèle des saveurs de jeune bois, de sève, de riches tannins (plus rare pour un pu'er shou, surtout de cet âge) et une présence surprenante d'umami. À ne pas confondre avec le type d'umami que l'on retrouve dans les thés verts, celui des pu'ers shou se traduit souvent par une certaine finale 'marine' et légèrement sucrée.

La deuxième infusion sera d'à peine une trentaine de secondes.

Les feuilles ne sont déjà plus compressées, mais donnent librement leur saveurs. On détecte un peu plus la présence de saveurs de champignon (morilles) dans cette deuxième, un côté terreux plus développé, et les tannins toujours bien présents.

Les infusions subséquentes se ressemblent, et après la 5e, je 'pousse' le pu'er avec une infusion de 4 minutes, afin d'expérimenter le pu'er en profondeur. Normalement une longue infusion de pu'er shou nous révèle sa texture et la limite de ses tannins.

Étonnament velouté, les tannins sont prononcés mais sans agression. Le umami est encore bien présent. Un dernier regard aux feuilles, bien déployées. Un pu'er vif et plein de vie!