VIVE LE PRINTEMPS

Pour un amateur de thé, il n'y a pas de moment plus enivrant que l'arrivée des premières récoltes, quels que soient la région ou le type de thé.

Les tout premiers thés nous parviennent toujours de la Chine, et les provinces productrices ont chacune leur premiers thés. Toutes les récoltes qui ont lieu avant le Festival Qingming, cet évènement de la première semaine d’avril où les familles se rassemblent pour nettoyer et décorer les tombes de leurs ancêtres, sont considérées comme des récoltes ‘pré-Qingming’, donc parmi les premières récoltes du printemps. Ces récoltes sont très prisées, et normalement commandent des prix très (très) élevés.

Dans le cas de toutes premières récoltes, généralement au mois de mars, elles sont encore plus spéciales. Dans plusieurs endroits, ces thés sont récoltés par de jeunes femmes, afin de conserver l’aspect pur du thé. Dans la médecine chinoise, ces thés de première récolte ont des propriétés uniques en énergétique et santé. La pureté, la virginité, la jouvence apportent à ceux qui les consomment vitalité, longévité et énergie. Selon la médecine chinoise, la consommation des thés verts du printemps pour les hommes apporte des bénéfices sur tous les aspects de la physiologie sexuelle.

Pour les consommateurs et amateurs de simple fraîcheur printanière, la préparation de ces thés peut présenter un défi. Suivant la manière dont ils seront infusés, le profil de saveurs sera remarquablement différent.

APPRÉCIER UN THÉ VERT DU PRINTEMPS

Ne cherchez pas les saveurs imposantes et corsées. Nous baignons dans la délicatesse, la subtilité et la douceur. Malgré tout les thés du printemps peuvent être tanniques ou amères, ils peuvent être préparés au gaiwan ou à la théière en argile, et en utilisant une portion généreuse de feuilles (5-6 grammes) qui seront infusées un court temps dans une eau avoisinant les 80 degrés et ne dégageront pas beaucoup d’amertume au cours des infusions répétées. Ceci constitue la manière la plus simple de les consommer. Mais personnellement, je préfère de loin chercher tout ce que ces petites feuilles du printemps ont à offrir. Et à cette fin, je me retourne vers les méthodes de préparation rurales et antiques.

Le premier thé que nous allons explorer provient de la province de Sichuan. Un climat plus sec et en altitude engendre des théiers généralement plus petits, aux feuilles délicates mais condensées.

Ce thé a originalement été cultivé par un moine taoiste au cours du premier siècle av. J-C. Menglu signifie ‘rosée sucrée’ et ce thé était très prisé par les dynasties Tang et Qing.

Le deuxième est le Bi Luo Chun, thé célèbre de la province de Jiangsu. Le ‘colimaçon vert du printemps’ est un thé vert qui a été légèrement roulé afin de libérer les saveurs délicates contenues dans la feuille.

Le dernier est de la famille des Long Jing, le cultivar Wu Niu Zao. Il est d’ailleurs souvent présenté comme un Long Jing, mais son terroir d’origine ne se trouve pas à West Lake, mais bien dans le sud de la province de Zhejiang. Il est travaillé comme un Long Jing, mais à une température moins élevée, et avec un ‘kill green’ plus court.

La première méthode de préparation est le bowl tea (thé en bol).

Autrefois, les paysans prenaient leurs pauses du matin ou de l’après-midi en se rendant aux maisons de thé du village y boire un bol de thé. Rien de plus simple : un grand bol d’eau chaude dans lequel on a déposé une poignée de feuilles de thé. Après quelques minutes, selon le type de thé (et surtout sa fraîcheur), les feuilles font leur chemin de la surface de l’eau vers le fond, et on boit le thé à même le bol. Si la soif persiste, on ajoute de l’eau.

Bi Luo Chun

Mengding Ganlu

Wu Niu Zao

Simplement des feuilles dans l'eau. Quelle belle expérience, une humble communion naturelle. 

Les tannins se font bien sentir, soutenus par les saveurs végétales, qui rappellent les têtes de violon et les fèves de jardin, avec une touche de noisette.

Une autre méthode consiste à placer les feuilles dans un verre (pichet, jarre à conserves, etc.) et laisser place à la valse de la feuille (aussi désignée comme l'agonie de la feuille). On peut boire directement dans le verre, ou encore transvaser au fur et à mesure dans une tasse, en filtrant ou non les quelques feuilles à la surface.

L’avantage de cette méthode, comparativement à l’infusion au bol, se situe au niveau de la chaleur qui est mieux maintenue, en raison de la surface de contact moins importante. Aussi, les arômes peuvent mieux s’apprécier.

Bi Luo Chun

Wu Niu Zao

Mengding Ganlu

On peut aussi ajouter de l'eau au fur et à mesure afin de garder le thé en constante infusion, et soutirer de la feuille tout ce qu'elle peut nous donner.

Une véritable expérience rafraîchissante. D'ailleurs, j'aime bien laisser la tasse bien pleine à la fin de ma session de thé, la réfrigérer et boire froid.