Offerte en échantillonnage à l'hiver 2021, cette galette de 100g de Madame Chen est faite à partir du cultivar de Wuyi.

Il s'agit à la base d'un thé de type Hong Shui. Cette nomenclature est relativement récente. Auparavant, jusqu'à il y a environ une trentaine d'années, le thé que l'on appelle le Dong Ding (nom qui réfère au thé, au lac central de sa région productrice, ainsi qu'au cultivar lui-même) était un oolong partiellement oxydé (entre environ 20% et 60% d’oxydation) et légèrement rôti. Avec le temps, la demande pour des oolongs de moins en moins oxydés, donc de plus en plus ‘verts’, était en hausse. Les producteurs ont donc graduellement baissé le niveau d’oxydation de ce oolong à presque 0%, tout en respectant les autres étapes de sa production telles que le roulage et le basculage.

Éventuellement, on recommence la production des Dong Ding de manière plus ‘traditionnelle’, c’est-à-dire à des niveaux d’oxydation plus élevés. Afin de différencier ce style de Dong Ding avec le moins oxydé devenu plus commun, il a été baptisé Hong Shui, ce qui signifie ‘eau rouge’, en raison de la couleur de l’infusion, plus rougeâtre que celle du oolong plus vert.

Ce Hong Shui a été compressé, tout comme les pu’ers. Les tout premiers thés, il y a 3000 ans, étaient toujours compressés, afin de faciliter la conservation, le rangement et le transport. Cette pratique vise aujourd'hui à remplir plusieurs objectifs, dont le vieillissement du thé, le côté pratique de l'entreposage, l’apparence agréable des feuilles, de même que l’attrait de la forme, qui s’offre bien comme cadeau par exemple. Aussi, les galettes de thés peuvent être rôties, ce qui apporte au thé d’autres dimensions de saveurs.

Chez nous, les oolongs et les thés noirs compressés ont toujours été moins populaires (pour des raisons que j’ignore) mais il est toujours agréable d’en faire l’expérience. Lorsque je trouverai un oolong ou thé noir compressé qui me séduira complètement, nous en retrouverons parmi notre sélection.

Personnellement, j'ai toujours eu une prédilection particulière pour les oolongs semi-oxydés de Taiwan, tels le Gui Fei, le Dong Ding Hong Shui et les oolongs GABA de haute montagne. Pour moi ces thés présentent une telle harmonie de saveurs différentes, entre le végétal, fruité, épicé, rôti, boisé, que tous les éléments y sont pour un très large éventail de textures, d'arômes et de saveurs. 

 

 La galette de 100g (moins un morceau de ma première dégustation)

Malgré l'apparence assez verte des feuilles, on y détecte l'oxydation. Cette oxydation semble très uniforme sur les feuilles, au lieu d'être présente en 'taches', ce qui nous indique que l'oxydation s'est faite de manière lente, et que la feuille n'a pas été roulée de manière agressive, comme dans le cas d'un Tie Guan Yin. Portion d'environ 8 grammes.

Première infusion après rinçage. Les feuilles se décompressent relativement rapidement. Eau à environ 95 degrés.

Déjà une belle couleur rougeâtre après un peu plus d'une minute d'infusion. À la première gorgée, le fruité ressort, ainsi que la douce saveur du rôtissage, dont l'arôme me rappelle toujours un gâteau qui cuit au four. Bonne texture, et finale en tannins, voire en amertume bien présente.

Dès la 2e infusion, les feuilles se défont presque complètement. Je peux suivre cette progression grâce à l'utilisation du gaiwan, qui contrairement à la théière me permet de m'ajuster, surtout lorsque je tente un nouveau thé. J'interromps la 2e infusion après environ 30 secondes, étant donné les feuilles maintenant libres qui libèrent leurs saveurs plus rapidement.

La 2e infusion porte une couleur presque identique à la première, mais déjà le côté fruité est beaucoup plus subtil, et l'amertume ressort plus fortement. Personnellement, je considère l'amertume essentielle dans un thé. Par contre l'équilibre entre cette amertume et les autres saveurs doit me permettre d'apprécier le fruité ou le floral d'un thé. Aussi, pour Sebz, généralement j'essaie d'éviter les thés qui deviennent amers trop rapidement.

La feuille porte clairement les indices d'une oxydation lente. Par contre je suis surpris par sa rigidité. Elle ressemble plus aux feuilles du cultivar de Jin Xuan (Taiwan) ou de Tie Guan Yin (Chine) qui sont généralement plus épaisses et robustes. Par contre, le cultivar de Wuyi à Taiwan étant encore relativement récent, j'ai moins d'expérience avec ce type de feuilles.

Finalement, ce n'est pas un thé que je garderai dans l'offre de Sebz pour le moment. Aussi, il s'agit d'une galette de 100g qui devra se vendre environ 38$, à mon goût un peu trop cher. On peut reconnaître qu'il s'agit d'un thé quand même très bien fait, pourvu de saveurs assez complexes.